groutmazeas03.jpg
bio03.jpg
textes03.jpg
retour03.jpg
Surf report # 3
« Charlie don’t surf » fut ensuite un morceau des Clash, qui mirent cette réplique impérialiste dans la bouche d’un soldat Vietcong revanchard : « Charlie don't surf and we think he should/Charlie don't surf and you know that it ain't no good ». Autrement dit, le surf appartient à tous, initiés et profanes, américains ou pas. Grout/Mazeas, on l’a dit, ne font pas campagne pour le droit de tous au surf, et encore moins pour défendre l’esprit du surf. En revanche, oui, peut-être se demandent-ils si, on leur laisserait à eux la chance de surfer une vague, sachant qu’ils trainent, et en sont fiers (puisque tout leur travail le met en forme) un paquet de handicaps. Si leurs planches sont insurfables, c’est qu’eux-mêmes sont infréquentables. Une maison sciée en deux dans toute sa hauteur, des cascadeurs filmés en train de tomber de haut, des coups de poing de Jean-Marc Mormeck, balancés face caméra, (dans ta face ou leur face à eux), un retour chronique sur les personnages incarnés par Buster Keaton, et on en passe… c’est une esthétique de la maladresse et de l’échec, de la difformité et de la lourdeur, quelque chose d’anti-viril et de cuisant qu’entretiennent Grout/Mazeas depuis leur atelier. Ce qui revient à dire qu’ils cultivent une forme d’humilité. Pas un hasard s’ils se réclament,
pour cette expo, d’Hattori Hanzo, l’inatteignable et inégalable maître d’armes japonais de « Kill Bill ».
 
Ce que l’expo met en œuvre c’est donc d’abord la tentative par deux artistes de montrer ce qu’ils font, loin de tous, dans l’atelier et hors des sentiers battus, et c’est peu dire parce qu’il y a mur entre la phase de production où, même si on rate, c’est cool quand même, et la phase de l’exposition, qui ne vaut que si elle est vue, reconnue, vendue, rentable. Là, il y a peu de place pour les exclus (« Charlie don’t surf », version Apocalypse now). Deuxièmement, il y a cet aveu de la part de Grout/Mazeas qu’ils ressentent et vivent leur activité de manière intuitive, avec leurs mains et leur cœur, mais qu’ils sentent bien aussi (pas idiot) que cela ne suffit pas au regard de ce qu’on attend des artistes aujourd’hui. « Lawyers don’t surf » est donc une expo de slackliners, supendus au-dessus du vide que serait son propre échec. Une expo enfin, convaincue que si elle échoue, elle entrainera tout l’art contemporain dans sa chute. Extrême limite.
Judicaël Lavrador
surf13.jpg
surf12.jpg
surf14.jpg
surf15.jpg
surf16.jpg
surf17.jpg
surf18.jpg
surf19.jpg
surf20.jpg
surf21.jpg
surf22.jpg
surf23.jpg