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Le projet « Lawyers don’t surf » a été sélectionné par la commission mécénat de la Fondation Nationale des Arts Graphiques et Plastiques qui lui a apporté son soutien.

Le projet « Lawyers don’t surf » avec l’aide de la Région Languedoc-Roussillon, de la DRAC LR.
Exposition «Lawyers don’t surf»
Galerie Olivier Robert - juin /septembre 2014


Surf report # 1 - Judicaël Lavrador
Lawyers don’t surf emprunte son titre à une réplique du film culte de Kathryn Bigelow, Point Break (1991). Johnny Utah (Keanu Reves), agent du FBI infiltre un groupe de surfers cambrioleurs en se faisant passer pour un avocat, désireux de s’initier à ce sport de glisse. Bodhi Salver (Patrick Swayze), chef de bande, mais, plus que tout, gentleman surfer jusqu’au boutiste, illuminé de la vague, rêvant de se faire la plus belle de toute, quitte à y laisser sa peau, le met au défi de comprendre quoi que ce soit à l’esprit de ce sport et lâche, dédaigneux : « Lawyers don’t surf ». Le film oppose deux idéaux. Si l’un des protagonistes sert avec rigueur l’ordre et la justice, celle de l’Etat, l’autre en revanche aspire, dans une veine hédoniste et spirituelle, à ressentir des sensations. L’un protège le capitalisme, l’autre dépense sans compter le capital financier des autres, sans rien économiser non plus de sa propre personne :
il préférera mourir sur la vague que de se rendre. Ce faisant, il fera vaciller le pseudo avocat, vrai flic démissionnaire à la fin du film, dans ses convictions, sinon dans sa mission, bel et bien accomplie. Mais, Johnny Utah s’aperçoit in fine de cette évidence : traquant Bodhi, son alter ego, c’est lui-même qu’il cherchait, celui-là qu’il n’osait pas être.




Vaguement new age, avec cette consécration de la philosophie du dépassement de soi et du dédain de la richesse matérielle au profit de la richesse spirituelle acquise en communiant avec les éléments naturels, le film résume pour beaucoup l’esprit du surf. Et peut-être, aussi, aux yeux de Grout/Mazeas, celui de l’art (contemporain). Eux cependant ne surfent pas. Même pas en rêve. A la galerie Olivier Robert, qui devient pour cet été, un magasin, ce sont quand même bel et bien des planches de surf que les deux artistes exposent. Il y en a une quarantaine et toutes ont été faites de leurs propres mains. Des pros leur ont appris les rudiments techniques, du coup ils se sont pris au jeu. Et il est arrivé ce qui devait arriver…

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Surf report # 2

Alors, qu’est-ce qui est arrivé ? Ceci : découpant le polystyrène, appliquant la résine, sciant, ponçant, teintant, enduisant, les artistes virent leurs planches tournées, comme on le dit d’une sauce qui vire à l’aigre. Ils l’ont fait exprès, en déformant les plans téléchargés en ligne. Du coup, les surfboards se gondolent, se ratatinent, enflent, gonflent, vrillent. Ils sont obèses ou bien chétifs, ils font des plis, des vagues, si bien qu’ils sont impraticables. Il est impossible de les mettre à l’eau et de se jeter dessus. Ils sont les fruits d’une glissade hors des calibrages techniques en vigueur et puis hors de l’esprit du surf tel qu’un Bodhi Salver le cultivait… à moins qu’on ne considère que leurs glissades formelles s’inscrivent au contraire, pile dedans. Cette manière de s’affranchir des diktats techniques et de donner naissance à des objets extravagants aux formes monstrueuses (les deux artistes participèrent d’ailleurs à l’exposition « Freak Show » en 2007) correspond en effet à l’esprit de liberté qui anime les surfers. Mais c’est un peu tiré par les cheveux, n’est-ce pas ?

Ce qui l’est moins en revanche, c’est de dire que la galerie Olivier Robert est devenue, pour un été, un surfshop. L’exposition en adopte le dispositif de présentation : planches à la verticale coincées entre des armatures en bois, avec au centre de la pièce, une table où vous couchez l’article que vous voulez regarder de plus près. Le

mode d’accrochage adopté implique la saturation : il y a trop de pièces par rapport à
ce qu’on trouve d’ordinaire dans une expo, mais pas trop par rapport à ce qu’on trouve dans un surfshop, où il faut avoir du choix. Il faut bien vendre. Ce qui vaut aussi pour une galerie, certes, mais à quel prix ? Et qui ? De jeunes artistes ou des artistes de milieu de carrière, des artistes confirmés ou historiques ? Des artistes hype ou des artistes oubliés ? Le choix de faire de la galerie un magasin, dit ceci : que Grout/Mazeas, comme tant d’autres artistes, ne veulent trop rien savoir du marché de l’art. Qu’il faut y trouver des alternatives, parce que vendre une pièce très chère à un collectionneur très riche, c’est cool, mais que, peut-être, dans la vie d’artiste, on peut aussi espérer autre chose. On verra quoi. Après avoir rappelé qu’à l’origine de la phrase de Bodhi et donc du titre de l’expo, il y a cette méchante réplique lancée par un soldat américain dans Apocalypse Now : « Charlie don’t surf ».




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